Le cantique d’Anne, dont bien des accents résonnent dans le Magnificat, nous est aujourd’hui donné dans son contexte : le petit Samuel, demandé à Dieu dans le Temple et reçu de Lui par une femme stérile, est, une fois sevré, ramené dans la maison de Dieu et donné à Dieu pour toujours. C’est un geste d’action de grâce qui préfigure celui de Marie présentant Jésus au Temple.
Le contexte du Magnificat, à première vue différent, est aujourd’hui passé sous silence, bien qu’il nous montre un renouveau extraordinaire : l’Enfant Jésus, Fils éternel du Père, a été reçu de Lui par la Vierge Marie après l’annonce de l’Ange Gabriel venu la visiter chez elle. Il est dans le sein de Marie lorsqu’elle se rend chez Elisabeth dont le nom signifie « Maison de Dieu ». Là, il commence sa mission de salut par la sanctification de Jean-Baptiste dans le sein d’Elisabeth. Du Précurseur, le même Ange Gabriel avait dit : « Il ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu » (Lc 1, 16). Jésus est lui-même celui qui se présentera au Père, à la Croix, en disant : « Me voici, moi, avec les enfants que Dieu m’a donnés » (He 2, 13).
Le Magnificat ne chante plus une maternité miraculeuse mettant fin à l’humiliation d’une femme stérile. Il célèbre la surabondance d’une sorte de « fécondité en cascade », venue de la Trinité Sainte dont l’amour « s’étend d’âge en âge », grâce au consentement d’une vierge totalement disponible à son dessein d’amour sur toute une race, celle d’Abraham « à jamais ».